Rôle des déficiences en zinc et en magnésium dans la dépression

 

 

L’émergence d’une mauvaise alimentation chez les personnes déprimées est bien connue et les déficits nutritionnels,

particulièrement en certains minéraux, ont été associés à une augmentation des risques de symptômes dépressifs.

Dans une étude chez 184 personnes âgées, près de la moitié des patients avaient un déficit nutritionnel et une dépression comorbide.

(Payahoo L et al, Health Promot Perspect. 2013)

 

De nombreuses complications peuvent survenir suite à des déficiences micronutritionnelles incluant des anomalies des fonctions cognitives et

de la performance neuromotrice, des effets négatifs sur la morphologie du cerveau et sur les réseaux neurochimiques.

Les micronutrients sont vitaux pour les réactions enzymatiques responsables de la synthèse et de la préservation des neurotransmetteurs.

 

Ainsi, les minéraux sont essentiels à l’activation enzymatique du BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor),

une protéine qui contrôle la plasticité neuronale et permet de promouvoir la maturation et la différentiation des nouveaux neurones

dans le système nerveux central et périphérique.

On sait que les niveaux sériques de BDNF sont diminués chez le patient déprimé.

 

Le Zinc :

Étant un des minéraux les plus abondants (sous forme de traces) dans le cerveau, le zinc supporte plusieurs fonctions physiologiques

et possède des propriétés immuno-modulatrices : il active la neurogénèse dans l’hippocampe en augmentant le BDNF

et en inhibant l’activité du glutamate et du NMDA.

 

Dans une étude sérieuse, on a trouvé des niveaux sériques périphériques plus faibles en zinc chez les patients déprimés

que chez les patients normaux. (Swardfager W et al Neurosci Biobehav Rev. 2013)

De plus, les patients ayant des niveaux sériques faibles en zinc ont manifesté des problèmes à traiter l’information

et des problèmes d’impulsivité. (Arnold LE et al, J Child Adolesc Psychopharmacol. 2005)

Le zinc a aussi été étudié de façon extensive pour ses propriétés immunomodulatrices et pour sa capacité à augmenter le traitement antidépresseur.

 

Ainsi, une méta-analyse d’études randomisées et contrôlées  a démontré une réduction des symptômes dépressifs

chez 450 patients déprimés ayant reçu du zinc en ajout à l’imipramine, (Swardfager W et al, Biol Psychiatry. 2013)

Les personnes qui sont susceptibles à l’insuffisance en zinc incluent celles ayant un problème gastro-intestinal

ou qui subissent une restriction de leur diète notamment les patients souffrant d’anorexie nerveuse,

les alcooliques, les végétariens, les femmes enceintes ou qui allaitent.

Ces conditions altèrent la physiologie normale et résultent en une absorption alimentaire moindre et en pertes accélérées

dans le contexte de circonstances requérant une augmentation de la biodisponibilité du zinc.

 

Le Magnésium :

Comme le zinc, le magnésium est critique pour les processus enzymatiques, hormonaux et pour les systèmes de neurotransmetteurs.

Le magnésium aide à modifier la réponse au stress via l’axe HPA, en réduisant la sécrétion d’ACTH, en modulant la sensibilité adréno-corticale à l’ACTH

et en empêchant l’entrée dans le cerveau des hormones du stress.

Cependant, en présence de stress chronique et de déficience en magnésium, l’axe HPA est incapable de répondre de façon appropriée et efficace.

Des évidences suggèrent que l’apport de magnésium peut mitiger les symptômes dépressifs alors que l’insuffisance en magnésium peut aggraver le stress.

La restauration des niveaux de magnésium, est souvent associée à l’amélioration des symptômes comme typiquement rencontrée lors du traitement antidépresseur

et/ou lors du rétablissement de la dépression.

 

L’efficacité du magnésium oral et celle de l’imipramine ont été comparées chez les personnes âgées avec diabète de type 2, hypomagnésémie et dépression comorbide. Les participants ont été randomisés à 450mg de supplément de magnésium ou 50mg d’imipramine une fois par jour pour 12 semaines.

Les suppléments de magnésium ont été trouvés comparables à l’imipramine avec des niveaux similaires d’amélioration tels que vérifiés par les échelles de dépression. (Barragán-Rodríguez L et al Magnes Res. 2008)

Il semble que le magnésium puisse être efficace non seulement seul, mais aussi comme ajout au traitement standard

particulièrement dans la dépression et l’anxiété où il semble moduler les mécanismes de la réponse au stress.

(Jacka FN et al,  Aust N Z J Psychiatry. 2009 ; Nechifor M. Magnes Res. 2009)

 

Plusieurs problèmes cliniques ont été associés à une diète déficiente en magnésium incluant le diabète, le syndrome métabolique, l’inflammation et l’hypertension.  Ainsi, la diminution de la prise de magnésium dans la diète est une préoccupation actuelle : environ 45% de la population américaine n’en consomme pas les apports quotidiens recommandés.

(Rosanoff A et al, Nutr Rev. 2012)

 

Conclusion :

En somme, des niveaux inadéquats de zinc et de magnésium ont des effets directs et observables sur les biomarqueurs de l’humeur et du comportement.

L’identification des déficiences en minéraux et autres micronutrients devrait faire partie intégrante de l’évaluation,

du traitement et de la prévention des troubles de l’humeur.

 

Source : Greenblatt JM et al, Evidence-Based Research on the Role of Zinc and Magnesium Deficiencies in Depression, Psychiatric Times, December 30, 2016.

 

Publié le 8 mai 2017 par Jacinthe Leblanc  (référence : https://www.pharmapsy.com/)